Vêtements traditionnels et textiles en Birmanie

le longyi

Le vêtement traditionnel, le longyi, est toujours porté par les hommes et les femmes de toutes les générations, s’il est aussi supplanté chez les jeunes ou dans les grandes villes par la mode occidentale. Les hommes le portent avec une veste sans col et une chemise. Lire la suite

Festival de Phaung Daw Oo au lac Inlé

Festival-de-Phaung-Daw-Oo-au-lac-InleDepuis quelques années, la Birmanie s’ouvre au monde et ne cesse de nous dévoiler ses secrets bien gardés : pagodes, monastères, temples et stupas centenaires parsèment le pays. Côté nature, ses collines verdoyantes, montagnes aux cimes enneigées et plages aux eaux calmes continuent d’habiter l’esprit des voyageurs. Lire la suite

Les plages plus beauté de Birmanie

La Birmanie est un pays magnifique avec sa culture, ses habitants chaleureux, sa cuisine, ses temples et ses forêts luxuriantes. Cependant, même si le pays est la destination idéale des aficionados du voyage, personne ne vous reprochera de faire une (longue) pause sur une des plages paradisiaques qui bordent ses côtes. Lire la suite

Gastronomie: Curry de crevettes birman

Curry de crevettes birmanLa cuisine birmane (Myanmar Burma) traditionnelle est un surprenant mélange d’influences indiennes, chinoise, môn et birmane. Les curry birman sont les plus doux d’Asie car ils sont très peu pimentés et ils se composent de mélanges d’épices moins complexes que certaines régions de l’Inde. Un plat est toujours accompagné de riz. Cette recette à la fois raffinée, d’apparence compliqué et pourtant si simple, surprendra vos invités qui seront sans aucun doute séduit par ses parfums. Lire la suite

Un pays, des peuples : la diversité ethnique en Birmanie

La Birmanie affiche une des plus grandes diversités ethniques au monde. 135 groupes ethniques sont officiellement recensés par le gouvernement, qui totalisent une centaine de langue et de dialectes différents. Bien qu’aucun recensement précis ne soit disponible à ce jour, des évaluations convergentes estiment que les « minorités ethniques » (appellation qui regroupe l’ensemble des groupes n’appartenant pas à l’ethnie majoritaire bamar) représentent aux environs d’un tiers des 52 millions d’habitants que compte le pays.

ethnicmapOutre les Bamars, les Shan, Karen, Karenni, Mon, Kachin, Chin et Rakhine (ou Arakan) constituent les minorités les plus

Minorites de la Birmanie

Minorites de la Birmanie

importantes, auxquelles s’ajoutent des Chinois et des Indiens d’immigration plus récente.

Si de nombreuses minorités sont bouddhistes, à l’égal des bamars, certaines d’entre elles sont musulmanes (notamment le long de la frontière avec le Bangladesh, comme les Rohingya), et d’autres, à l’image d’une partie des Karens, se sont converties au christianisme durant la colonisation britannique. Ces clivages religieux constituent des lignes de fracture supplémentaires au regard de la Junte militaire au pouvoir.

En matière de répartition géographique, les Bamars sont concentrés dans la plaine centrale de l’Irrawaddy, tandis que les minorités peuplent essentiellement les « zones frontières » situées à la périphérie du pays, le long des frontières avec la Thaïlande, le Laos, la Chine, l’Inde et le Bengladesh. Ce constat doit toutefois être nuancé, d’importantes migrations internes ayant diversifié la configuration ethnique, en créant par exemple d’importants foyers de minorités dans les agglomérations de Rangoon ou de Mandalay.

La cohabitation entre les multiples groupes ethniques, et singulièrement entre les différentes minorités et l’ethnie majoritaire bamar, a constitué de longue date l’un des enjeux cruciaux de la difficile édification nationale. L’histoire birmane est ainsi jalonné de méfiance réciproque et de conflits ouverts, entrecoupées de certaines initiatives d’intégration nationale dans un cadre fédéral. Cette histoire a tourné ces dernières années à l’avantage de la Junte militaire bamar au pouvoir, générant une situation humanitaire particulièrement dramatique dans les zones peuplées par les minorités ethniques. A cet égard, l’attention internationale accordée à la répression de l’opposition démocratique par la Junte ne doit pas occulter l’enjeu de la nécessaire intégration des minorités ethniques au processus politique national. La réussite de cette intégration sera décisive pour la construction d’un Etat birman démocratique et en paix.

PORTRAITS DE PEUPLES DE BIRMANIE

Les Shans

Représentant entre 8 et 10 % de la population birmane, les Shans constituent une minorité ethnique de poids. Démographiquement en premier lieu, ensuite parce qu’ils sont répartis dans un Etat qui les rassemble pour la majorité d’entre eux : l’Etat shan. Un des sept états birmans situé dans l’est de la Birmanie, il est aussi un des plus vastes.

Apparentés aux Thaïs, le terme shan est d’ailleurs dérivé de siam, ancien nom de la Thaïlande, les Shans ont une histoire qui rend leur itinéraire au sein de l’histoire du pays singulier. Installés dans la région au 13ème siècle, venus du Yunnan (dans le sud ouest de la Chine), ils ont d’abord régné sur la haute Birmanie. Leur capitale se situait près de Mandalay, à Ava. L’apogée a duré deux siècles pendant lesquels ils contrôlaient les riches rizières au niveau du cours moyen de l’Irrawaddy. Dans les siècles suivants, ils ont constitué un ensemble de principautés dans les montagnes et hauts-plateaux de l’actuel Etat shan.

Les Karens

kayinSecond groupe ethnique en Birmanie, les karens vivent en majorité dans le delta de l’Irrawaddy et dans l’Etat karen dans l’est de la Birmanie. Peuple d’origine tibéto-birmane, ils sont aujourd’hui près de 7 millions, dont 4 millions dans la plaine de l’Irrawaddy, 2 millions dans le Kawthoolei (Etat karen) et 1 million disséminé dans plusieurs états voisins.

Le peuple karen n’est donc en rien homogène car il est éparpillé en de nombreuses tribus. On compte également 12 sous-groupes répartis dans deux grands groupes, les Karens des plaines et les Karens montagnards. Près de 10 à 15 % des Karens sont chrétiens, les autres sont animistes ou bouddhistes.

Les Was

Les Was sont une population tribale des hauts plateaux de la région shan, dans le nord-est de la Birmanie. Appartenant au groupe ethnolinguistique Môn-Khmer, les historiens attribuent aux Was d’être parmi les plus anciens habitants de la région, implantés depuis des siècles entre les fleuves de la Salween et du Mékong. Cette ethnie a une réputation redoutable puisque les Was étaient connus comme chasseurs de têtes humaines, puis ils se sont illustrés en suite en tant que valeureux guerriers au sein du Parti communiste birman.

Les Karennis

kayinSitués entre les shan et les karen, les karenni partagent avec eux certaines coutumes et traditions, reconnaissent quelques ancêtres communs mais n’en sont pas moins un groupe culturellement et historiquement différent. Parlant le kayah ou ses différentes formes dialectales, les karenni doivent leur nom à la couleur de leur costume. Traditionnellement, les femmes karenni portent une robe courte et une pièce d’étoffe rouge couvrant le dos et le torse, retenue à la taille par une grande ceinture de coton blanc. Sous leurs genoux, elles portent des anneaux laqués et parfois des anneaux d’argent.

La majorité des karenni sont aujourd’hui chrétiens, soit baptistes soit catholiques. Quelques uns sont bouddhistes mais l’animisme reste très présent avec et chaque village karenni possède son mat aux esprits, le Ko Thoo Bow. L’élévation de ce pilier donne lieu chaque année vers le mois d’avril à une fête du même nom dans tous les villages karenni et est aujourd’hui devenu une fête de l’état Kayah.

Les Arakanais et les RohingyasEtat_dArakan

Deux groupes ethniques vivent dans l’Etat Rakhine, région côtière de l’ouest de la Birmanie: les Arakanais d’origine tibéto-birmane et de confession bouddhiste, et les Arakanais d’origine persane ou indienne, de religion musulmane pour la plupart (les Rohingyas). Le conflit identitaire entre ces populations musulmane et bouddhiste est ancien et toujours latent. Les bouddhistes revendiquent être les uniques héritiers historiques de l’Etat Rakhine. Peuple non reconnu par le régime birman, les Rohingyas, apatrides et persécutés, vivent confinés le long de la frontière avec le Bangladesh. Nombre d’entre eux ont fui pour trouver refuge dans ce pays.

Situation économique

Bien qu’étant riche en ressources naturelles, la Birmanie est l’un des pays les plus pauvres d’Asie, principalement en raison de la corruption des autorités, du déni des libertés fondamentales de la population et d’un conflit persistant avec les minorités ethniques.

Quelques données clés:

Jusqu’en 2010, environ 50% du budget global du pays est alloué aux dépenses militaires contre moins de 3% pour l’éducation et la santé

50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, un tiers des enfants birmans souffrent de malnutrition et 1 enfant sur 10 n’atteint pas l’âge de 5 ans. Plus de 25% de la population n’a pas accès à l’eau potable.

Les revenus issus de l’exploitation de gaz représentent une manne financière très importante pour le régime birman. A titre d’exemple, sur la seule année 2008, les autorités ont perçu 254 millions de dollars au titre de la participation de TOTAL dans le projet d’exploitation Yadana. Cependant, cet argent n’est pas utilisé pour le développement du système de santé ni pour celui de l’éducation car il est en grande partie détourné par le régime pour son propre profit grâce un double système de taux de change.

Le système fiscal birman connaît en effet un grave dysfonctionnement en raison de la coexistence de deux taux de change. L’économiste australien Sean Turnell explique en détail[1] l’ampleur des détournements d’argent réalisés par la junte birmane grâce à un subterfuge très simple de double taux de change. Les revenus gaziers (payés en devises) sont intégrés au budget national birman en utilisant la conversion officielle de 6 kyats (monnaie birmane) pour 1 dollar. Ce taux de change officiel, en vigueur depuis trente ans, surévalue la monnaie birmane d’environ 150-200 fois par rapport à sa valeur réelle, qui est de 1000-1300 kyats pour 1 dollar. C’est ainsi que les revenus issus du gaz, convertis au taux de change officiel, ont un impact minime sur les finances d’Etat (moins de 1% du budget annuel birman) alors qu’ils devraient contribuer à plus de 50% au budget national s’ils étaient correctement valorisés.

Plus de 20 projets de barrages hydroélectriques de grande envergure sont en cours de construction à travers le pays. Tous ont en commun d’être financés et construits par des pays voisins (principalement la Chine et la Thaïlande) et tous produiront de l’électricité pour ces mêmes pays, alors qu’environ 50% de la population de Birmanie n’a pas accès à l’électricité.

· La Birmanie est touchée par des sanctions économiques et financières internationales.

Le système économique birman: un capitalisme de connivence

Une privatisation industrielle de façade

Depuis 2009, le régime militaire s’est engagé dans un processus de privatisation de pans entiers de l’industrie birmane, notamment dans le domaine de l’énergie. Cette privatisation sera essentiellement au profit de quelques oligarques très proches du régime, en particulier Tay Za, le PDG de Htoo Trading. En décembre 2009, Htoo Trading a remporté le contrat pour la construction de deux barrages pour usines hydro-électriques. Fin janvier 2009, le ministère de l’énergie a annoncé la privatisation des 256 stations essence à travers le pays. Peu auparavant Tay Za avait créé une structure ad- hoc permettant de superviser cette privatisation, et dont le fils du numéro 3 de la junte est le vice-président. En janvier toujours, une filiale de Htoo Trading a également commencé à vendre des cartes SIM pour téléphones portables, pour lesquels cette entreprise a les droits exclusifs. Beaucoup d’observateurs notent que ce transfert de propriété de l’Etat – à des prix bradés – ira en majeure partie aux mains d’investisseurs privés affiliés aux généraux. Ces entreprises peuvent ainsi mettre la main sur des secteurs industriels ou tertiaires pour lesquels aucune concurrence n’est admise : la libéralisation du marché birman se révèle être un leurre, et ce seront une nouvelle fois les citoyens birmans qui en pâtiront. Début 2010, le régime a lancé une série de privatisations massives de ses entreprises publiques. D’après le Ministre adjoint de l’industrie, Khin Maung Kyaw « tout en nous transformant en nation démocratique, nous allons privatiser 90% des entreprises industrielles publiques […] Cette réforme a été effectuée dans d’autres pays démocratiques».

Des relations de plus en plus étroites avec les partenaires régionaux

Au cours des dernières années, la Birmanie s’est sensiblement rapproché de ses partenaires asiatiques.

La Thaïlande, premier partenaire commercial du pays jusqu’en 20115, importe plus de gaz naturel venant de Birmanie que n’importe quel autre pays (plus de 90% du gaz est exporté par la Thaïlande)6. L’import de gaz naturel est primordial pour couvrir les besoins énergétiques du pays. Plus de 70% de l’électricité en Thaïlande provient du gaz naturel, dont la moitié est importée de Birmanie. La dépendance de la Thaïlande envers les ressources naturelles de Birmanie influe considérablement sur la politique de la Thaïlande envers son voisin.

L’acquisition de pétrole, de gaz naturel et d’électricité est devenue le principal intérêt économique de la Chine qui considère son voisin birman comme un garant de sa sécurité énergétique. En juin 2010, une compagnie d’Etat chinoise, la China National Petroleum Company (CNPC) a entamé la construction d’un pipeline à partir du port de Sittwe à l’ouest de la Birmanie vers Kunming, la capitale de la province du Yunnan.7 Une fois achevé, ce pipeline augmentera l’approvisionnement de la Chine en pétrole brut provenant d’Afrique et du Moyen Orient, lui fournissant une route alternative au détroit de Malacca. Ce pipeline fera aussi de la Chine le premier bénéficiaire du gaz naturel provenant du chantier Shwe Gas. L’exploitation de ce dernier devrait rapporter environ 30 milliards de dollars à la junte au cours des 30 prochaines années.8

Les sanctions économiques européennes

La Position Commune Européenne

En 1988, suite aux soulèvements populaires réprimés dans le sang par le régime militaire birman, les pays membres de l’Union européenne ont mis en place un certain nombre de mesures à l’encontre de la junte. Celles-ci comprenaient l’arrêt de toute aide au développement à destination du régime ainsi qu’un embargo sur les armes. En 1996, l’ensemble de ces mesures ont été englobées dans une politique étrangère conjointe connue sous le nom de « Position commune européenne. » A l’origine, cette position était renouvelée tous les six mois. Aujourd’hui, elle est revue chaque année en avril mais peut-être révisée à tout moment.

L’Union européenne est divisée depuis longtemps sur le dossier birman. Un certain nombre de pays dont le Royaume-Uni, la République Tchèque, les Pays-Bas, l’Irlande et le Danemark sont en faveur d’une pression accrue sur la junte. D’autres pays comme la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et l’Espagne ont généralement été en faveur d’un relâchement de la pression. L’opposition de la France à un durcissement des sanctions est attribuée à la présence de Total en Birmanie. La France a souvent soutenu une augmentation de la pression à l’égard du régime au travers de mesures n’affectant pas les opérations de Total, telles que des résolutions au Conseil de Sécurité de l’ONU ou un embargo international sur les armes en direction de Birmanie.

En théorie, avec les 27 pays membres travaillant dans le même sens, la Position commune européenne pourrait s’avérer très efficace. En pratique, les divisions entre pays membres l’ont affaiblie et ont diminué son impact sur le régime militaire birman. A l’origine, une politique consistant à augmenter la pression de façon progressive si aucun changement ne survenait et à la relâcher s’il y avait des évolutions positives avait été mise en place. Celle-ci n’est plus du tout appliquée alors que l’Union européenne stipule clairement qu’elle est prête à « réviser, amender ou renforcer les mesures adoptées en fonction de nouveaux développements sur le terrain. »

Contenu des sanctions

• Un embargo sur les armes

L’Union européenne interdit l’exportation d’armes et d’équipements pouvant être utilisé à des fins militaires. Cependant, certains types d’équipements à usage multiples sont toujours exportés en Birmanie où ils sont utilisés pour la fabrication d’armes. Parmi ces équipements, certains proviennent d’une compagnie allemande et seraient utilisés par la junte pour le développement d’un programme nucléaire. L’UE a portant soutenu officiellement la mise en place d’un embargo international sur les armes en direction de la Birmanie.

•Une suspension de l’aide au développement

L’aide au développement transitant par les autorités centrales birmanes n’est plus autorisé. Des règles strictes empêchant les fonds européens d’arriver entre les mains du régime ont été relaxées en 2004, permettant d’apporter une aide aux « autorités locales civiles » alors que celles-ci sont sous contrôle de la junte. La suspension de l’aide au développement est une mesure nécessaire puisqu’elle empêche les généraux de détourner les fonds alloués au développement. Cependant, cette mesure ne pèse pas suffisamment sur les généraux pour les pousser à se réformer.

•Une interdiction de visa pour les hauts fonctionnaires du régime, les membres de leurs familles et certains hommes d’affaires et juges proches du régime.

Certaines exceptions ont été faites vis-à-vis de cette mesure afin de permettre aux représentants des autorités birmanes de venir en Europe fréquemment, notamment pour les réunions de l’Asia-Europe Meeting (ASEM) et celles des Nations unies.

• Un gel des avoirs sur le sol européen des personnes interdites de visa

Cette mesure ne s’applique qu’aux individus qui apparaissent sur la liste d’interdiction de visa et non aux compagnies appartenant à la junte et à leurs proches. Peu de temps après son introduction, seulement 87 € avaient été gelés. En 2007, le montant des avoirs gelés était aux alentours de 70 000 €, montrant l’impact limité de cette mesure.

•Une interdiction d’investissement dans certains secteurs économiques (excluant le gas)

Cette mesure fût introduite en 2004, en réponse au massacre de Depayin de 2003 durant lequel Aung San Suu Kyi a échappé à une tentative d’assassinat qui a coûté la vie à 70 de ses sympathisants. L’objectif d’une interdiction d’investissements et d’empêcher l’afflux de revenus financiers en direction de la dictature qui contrôle les investissements au travers de compagnies appartenant au gouvernement ou à ses proches. Ainsi, en 1997, les Etats-Unis ont interdit tout nouvel investissement sur le sol birman.

L’Union européenne a quand a elle choisit de cibler cette interdiction sur un certain nombre de secteurs. Initialement, les secteurs clés du bois, des ressources minières, des pierres précieuses du pétrole et du gaz n’étaient pas visés. Par contre, les compagnies européennes n’ont pas le droit d’investir dans la production de jus d’ananas…

En 2008, ces mesures ont été renforcées et incluent maintenant le bois, les pierres précieuses, l’exploitation minière.

Cependant, elles continuent d’exclure le pétrole et le gaz.

L’ASEAN et 5 partis ethniques demandent la levée des sanctions

Dans une déclaration du 16 janvier 2011, l’Association des Nations Sud-Est asiatiques (ASEAN) demandait la levée des sanctions économiques à l’égard de la Birmanie. Selon l’ASEAN, elles seraient un frein au développement du pays. Cette annonce coïncide avec une déclaration publiée par cinq partis ethniques ayant remportés des sièges aux élections. Avec la Chine et l’Inde, les pays de l’ASEAN sont les principaux partenaires économiques de la junte.

Cependant, l’instabilité politique et sécuritaire est profondément dommageable aux intérêts commerciaux et au développement de toute la région du Sud-est asiatique. La fuite des réfugiés birmans fait peser un lourd fardeau sur les pays voisins. La Thaïlande a ainsi du accueillir pas moins de 10 000 réfugiés supplémentaires depuis les élections de novembre 2010. Cette instabilité est également préjudiciable à la qualité des relations entre l’Union européenne et l’Association des Nations d’Asie du Sud-est (ASEAN), et à leur intérêt commun. L’accord de libre échange UE-Asean se trouve ainsi au point mort en partie à cause de la question birmane. La France et l’Union européenne doivent convaincre les pays de l’ASEAN que le développement d’un partenariat commercial pérenne avec la Birmanie ne pourra se faire qu’au moyen d’un apaisement des violentes tensions politiques que connait le pays.

Position officielle de la LND sur la question des sanctions

Le 28 janvier 2011, Aung San Suu Kyi répond au débat sur les sanctions en se basant sur une récente évaluation de la LND qui s’appuie notamment sur une étude du Fonds Monétaire International. La dame de Rangoon demande le maintien des sanctions internationales, déclarant que « la grande majorité des Birmans, qui travaille dans l’agriculture, n’est affectée en rien par les sanctions internationales ». Elle désigne plutôt le « capitalisme de connivence » et « l’incompétence économique » de la junte comme étant la cause du désastreux niveau de vie des birmans. Evoquant le bien fondé des sanctions, la déclaration officielle de la LND précise: « Puisque les raisons principales de la mise en place de ces sanctions sont les violations des droits de l’homme et l’absence de pratiques démocratiques, c’est en faisant face à ces problèmes de manière efficace que la levée des sanctions pourra être effectuée. La libération de tous les prisonniers politiques est un prérequis indispensable. »

Quant au rôle que peut jouer l’Union européenne et l’ensemble de la communauté internationale dans ce processus, le parti est clair : « La communauté internationale exprime depuis longtemps son désir de voir la Birmanie progresser sur la voie de la démocratie et de la prospérité économique. La meilleure voie pour l’accomplissement d’un tel objectif serait la mise en place de mesures appropriées, intelligemment coordonnées et systématiquement appliquées. »

Dans ce cadre, Aung San Suu Kyi et son parti appellent à des concertations avec les pays qui mettent en place ces sanctions afin de s’accorder sur les circonstances qui pourraient mener à leur modification ou à leur levée.

[1] Burma Economic Watch 2007. Article de Sean Turnell : Natural gas exports and the missing

billion ; http://www.econ.mq.edu.au/Econ_docs/bew/BEW2007.pdf

5 Dépassée aujourd’hui par la Chine. AP (21 Feb 11) China tops Thailand as biggest investor in Myanmar

6 AFP, 17novembre 2010 http://www.dvb.no/news/economy-may-benefit-from-suu-kyis-release/12911

7 « Construction of Sino-Myanmar pipeline starts », China Daily, le 11 septembre 2010

8 « India trade dampens Burma sanctions, Democratic Voice of Burma », DVB, le 1er juillet 2010

http://www.dvb.no/news/india-trade-dampens-burma-sanctions/10536

Situation politique

La Birmanie c’est « une dictature qui a anéanti les acquis démocratiques, une économie en déroute et un pays dirigé par des hommes sans foi ni loi. » Se Libérer de la peur, Aung San Suu Ky

LA BIRMANIE EN 2011 : TOUJOURS UNE DICTATURE MILITAIRE

• Les élections de novembre 2010, entièrement verrouillées par les militaires, n’ont été ni libres ni équitables. Les parlements qui en découlent n’ont aucune légitimité pour représenter le peuple. Le Président, les Vice-présidents et les membres du gouvernement nommés, provenant pour la plupart des rangs de l’armée, confirment la stratégie du régime militaire de maintenir son emprise sur le pouvoir.

• Près de 2000 prisonniers politiques restent incarcérés et le régime continue à nier leur existence.

• Depuis les élections, les attaques armées contre les minorités nationales se sont intensifiées, causant le flux migratoire de réfugiés birmans vers la Thaïlande le plus important en 20 ans[1].

• Le principal parti d’opposition, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) a été dissous par le régime. La LND est aujourd’hui considérée comme une organisation illégale.

• Le 13 novembre, soit six jours après les élections, Aung San Suu Kyi, leader du mouvement pour la démocratie et dirigeante de la LND a été libérée, au terme d’une peine illégale aux yeux du droit birman et du droit international. Elle a passé plus de 15 des 21 dernières années privée de liberté.

• Le 13 février, le régime a menacé de mort Aung San Suu Kyi et son parti pour leur position sur les sanctions économiques à l’égard de la Birmanie.

HISTORIQUE DE L’EVOLUTION POLITIQUE EN BIRMANIE

De la démocratie à la dictature

Au lendemain de l’indépendance : une démocratie balbutiante

Colonisée par les Britanniques depuis 1853, occupée par les Japonais de 1942 à 1944, la Birmanie accède à l’indépendance en 1948. Les artisans de cette indépendance sont connus sous le nom des ‘Trente camarades’, dirigés par le Général Aung San (père d’Aung San Suu Kyi, et considéré par les Birmans comme le Père de la nation birmane). Mais Aung San ne verra pas le fruit de son travail puisque cinq ministres du gouvernement provisoire et lui-même sont assassinés en juillet 1947.

C’est donc U Nu qui dirigera en tant que Premier ministre la Birmanie nouvellement indépendante. Le pays connaîtra une période de démocratie et de relative stabilité. Mais des dissensions avec les représentants des minorités ethniques apparaissent rapidement, ces dernières se sentant flouées par la constitution qui ne leur offre pas suffisamment d’autonomie

A la fin des années 50, les troubles avec les minorités ethniques se font de plus en plus persistants, tandis que des tensions internes apparaissant au sein du parti au pouvoir. U Nu est contraint de faire appel provisoirement au Général Ne Win, un autre des Trente camarades. U Nu sera néanmoins réélu en 1960.

Le premier coup d’Etat militaire, sur fond d’instabilité

En 1962, face à la recrudescence des insurrections des groupes ethniques, le général Ne Win, commandant en chef de l’armée, prend le pouvoir par coup d’Etat. Il s’installe au pouvoir pour ne plus le quitter jusqu’en 1988. Il renverse le gouvernement, emprisonne le premier ministre et le président et dissout le parlement : l’appareil politique est rapidement verrouillé.

Sous sa férule, la Birmanie devient une dictature militaire dans laquelle le régime de parti unique, le Burma Socialist Program Party – BSPP – impose une « voie birmane vers le socialisme » qui entraîne le déclin économique du pays et réduit rapidement le pays à la pauvreté. Derrière cette rhétorique empruntée au stalinisme se cache en réalité une dictature sanglante. En 1974, le pays est baptisé « Union de la République Socialiste de Birmanie ».

En 1988, Ne Win est contraint à démissionner, laissant un pays exsangue.

La dictature s’installe

En août 88, les manifestations de mécontentement, réclamant une amélioration des conditions de vie, et l’avènement de la démocratie, voient défiler des millions de personnes dans le pays tout entier.

Un groupe de généraux réprime brutalement ces manifestations (entre 3.000 et 4.000 morts, et des milliers d’arrestations), puis déclare l’état d’urgence : le SLORC (Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre) est né.

Le mécontentement populaire est tel que le régime annonce la tenue d’élections pour 1990.

Entre temps, une opposition aux militaires se structure : c’est le parti démocrate de la Ligne Nationale pour la Démocratie. Les leaders de ce parti inquiètent les généraux, qui les assignent à résidence en 1989, peu avant les élections. Ainsi, les élections ont lieu alors bien qu’Aung San Suu Kyi et la plupart des membres de la LND sont privés de liberté. Le régime a pris soin de présenter des partis fantoches : pas moins de 234 partis politiques sont créés pour l’occasion. Les élections ont lieu le 27 mai 1990, la LND fait un raz de marée et remporte plus de 80 % des voix, soit 392 sièges sur 485 sièges.

La junte se maintient au pouvoir et annule les résultats. L’assignation à résidence du leader de la LND est prolongée d’un an. Des manifestations de protestation sont réprimées. S’ensuivent arrestations, séances de torture et camps de travaux forcés après que l’armée ait tiré sur les manifestants.

En décembre 1990, plusieurs parlementaires qui ont fui le pays, créent en Thaïlande un gouvernement en exil : le NCGUB – National Coalition Government of the Union of Burma (cf. présentation dans les Nouvelles de Birmanie de janvier 09).

En route vers une démocratie disciplinée ?

Durant les années 90, la junte annonce que les députés élus en 1990 doivent au préalable préparer une nouvelle constitution, avant de pouvoir siéger au parlement. C’est ainsi qu’une Convention nationale est mise en place. Seuls 15,4% des délégués sont des élus, les autres ont été triés sur le volet. En 1995, la LND quitte la Convention estimant que la convention n’est pas conforme à l’aspiration démocratique qui les anime et persuadés qu’il s’agit là d’un stratagème pour gagner du temps.

En 1996, la Convention nationale est ajournée, sans que les membres de cette commission soient parvenus à proposer un texte constitutionnel. Il n’y aura plus aucune discussion sur le sujet jusqu’en 2003.

Cette année-là, une feuille de route vers une transition démocratique est annoncée. C’est l’avènement d’une « démocratie disciplinée florissante » (disciplined-flourishing democracy), déclinée en sept étapes, dont l’ultime but est la validation d’une nouvelle constitution par référendum, et l’organisation d nouvelles élections parlementaires.

Le régime s’en tient scrupuleusement à sa feuille de route depuis 2003, sans tenir aucunement compte des aspirations du peuple birman, de la légitimité conférée à la LND par le vote populaire, ni des recommandations formulées par la Communauté internationale. Ainsi, aucun calendrier n’était annoncé, et surtout, le nom d’Aung San Suu Kyi à aucun moment évoqué.

En 2008 enfin, le texte constitutionnel est prêt. Il a été rédigé unilatéralement par les militaires, sans que l’opposition ou les personnes choisies au sein de la société birmane n’ait la possibilité d’y apposer des amendements.

Le référendum constitutionnel se tient en mai 2008. Il est à la fois contesté et contestable. Contesté car organisé au lendemain du cyclone Nargis qui avait dévasté le pays. Alors que le pays déplore plus de 150.000 morts et disparus, le régime maintient le scrutin. Et contestable car il enregistre un score digne des anciens régimes communistes : 92.4%.

La nouvelle Constitution écarte du droit de vote, les anciens et actuels prisonniers politiques. Ce qui évince une grande majorité des opposants politiques et surtout écarte définitivement Aung San Suu Kyi de la scène politique puisqu’ayant été marié à un Britannique, le nouveau dispositif législatif l’empêche de briguer un mandat politique en Birmanie.

L’ultime étape : les élections de 2010

Les élections législatives qui se sont tenues en Birmanie le 7 novembre 2010 sont les premières depuis 20 ans. Aux dernières élections de 1990, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), parti d’Aung San Suu Kyi, a remporté 82% des sièges parlementaires mais les généraux n’ont jamais voulu reconnaître ces résultats.

L’organisation du scrutin de 2010 est la 5ème des 7 étapes définies par la « feuille de route vers la démocratie » annoncée par les généraux en 2003.

Ces élections visent à entériner la constitution écrite par les généraux, sans aucune consultation avec les forces démocratiques et les représentants ethniques. Cette dernière a été l’objet d’un référendum très controversé, organisé par la junte en 2008.

Cette constitution ne reconnaît aucun droit politique ni culturel aux minorités ethniques qui constituent 40% de la population birmane et ses dispositions assurent un contrôle absolu des militaires sur l’appareil étatique.

Début septembre, la commission électorale a finalisé la liste des partis autorisés à se présenter aux élections. Tous les partis souhaitant participer ont été pris au dépourvu puisqu’à l’annonce mi-août de la date des élections, un délai très restreint de quinze jours a été laissé aux partis pour proposer la liste définitive de leurs candidats. Les contraintes se sont accumulées pour les partis souhaitant se démarquer des militaires au pouvoir : montants prohibitifs requis pour se présenter aux élections, délais très courts, candidatures invalidées pour diverses raisons. Sur les 47 partis constitués en vue des élections, dix ont vu leur demande d’enregistrement refusée. Trois grands partis ethniques (deux partis kachin et un parti shan) se sont vus reprocher des liens trop étroits avec les organisations armées ethniques ayant signé des cessez-le-feu avec la junte.

Ces lois électorales ont par ailleurs permis au pouvoir militaire d’abolir l’ensemble des partis politiques existants en 1990 qui ont refusé de participé aux élections de 2010. Ainsi la Ligue nationale pour la Démocratie, parti d’Aung San Suu Kyi, a été officiellement dissous et n’a plus d’existence légale.

De plus, 1,5 million d’électeurs ont été privés de leur droit de vote dans les régions où vivent les minorités ethniques : la Commission électorale a annoncé que près de 3314 villages[2] dans les Etats Karen, Kachin, Karenni, Mon et Shan ne voteront pas parce qu’ils “ne sont pas en mesure d’organiser des élections libres et justes”. La paix fragile qui subsiste entre les groupes signataires d’accords de cessez-le-feu et les généraux birmans peut se briser à tout moment, nombre d’organisations ethniques refusant le projet d’incorporer leurs troupes à celles de l’armée régulière birmane, et décriant la légitimité des élections.

Alors que des actions de boycott se sont multipliées dans le pays, la junte n’a toléré aucune revendication et a intensifié les arrestations. Le moine Uk Kong Sah a été condamné à quinze ans de prison avec travaux forcés pour avoir appelé au boycott des élections. La junte, consciente de la force de mobilisation de la Sangha [communauté monastique], a placé les moines sous étroite surveillance.

La junte a renforcé la censure et sa propagande en faveur des élections. Les journaux d’Etat, organe de propagande du régime, ont exhorté la population à voter, menaçant d’une peine de prison quiconque inciterait la population à protester ou à ne pas voter.

Simultanément à la censure à l’intérieur du pays, les autorités ont tenté d’empêcher la circulation d’information en dehors du pays. Les sites Internet des principaux médias birmans en exil (Democratic Voice of Burma, Mizzima News et The Irrawaddy) ont été la cible d’attaques informatiques, coupant ainsi l’accès à l’information pour les opposants, la population et les observateurs étrangers. Des journalistes tentant de couvrir les élections ont été intimidés et menacés. Un journaliste japonais a été arrêté par la police de Myawaddy, dans l’Etat Karen.

De plus, un grand nombre de preuves de fraudes électorales, d’irrégularités, de détournements de votes, d’intimidation et de menaces ont été répertoriées à travers le pays :

Dans les jours précédents les élections, des représentants locaux du SPDC et de l’USDP ainsi que les officiers des bureaux de vote ont récolté des votes anticipés et des votes par procuration, dans une grande majorité des cas en faveur de l’USDP. Dans plusieurs circonscriptions, le cumul de ces votes a permis de faire pencher la balance en faveur des candidats de l’USDP.

Des représentant locaux du SPDC et de l’USDP ainsi que les officiers des bureaux de vote ont intimidé et menacé des membres des partis d’opposition et les ont empêché de surveiller le bon déroulement du processus électoral.

Des officiers de divers bureaux de votes ont refusé d’enregistrer les votes de plusieurs citoyens votant pour des partis d’opposition.

Un grand nombre d’électeurs appartenant à des minorités ethniques se sont aperçus le jour du scrutin que leurs noms avaient été rayés des listes électorales.

Six partis politiques ont déposé plainte pour fraude auprès de la Commission électorale. La plupart n’a pas donné suite, par peur de représailles. En effet, le régime a menacé de prison toute personne jugée coupable de fausses accusations.

Sans grande surprise, les résultats officiels ont annoncé l’USDP grand vainqueur des élections avec plus de 76% des sièges parlementaires, assurant aux militaires un contrôle quasi absolu sur le parlement.

Un parlement fantoche et un gouvernement dominé par les militaires

Le 31 janvier 2011, le nouveau Parlement s’est réuni à Naypyidaw pour la première fois en 22 ans.

Au lieu d’être un pas vers la démocratisation du pays, l’établissement de ce nouveau parlement ne constitue qu’une étape supplémentaire dans la mascarade mise en place par le régime au pouvoir.

Sous ses allures de « démocratie disciplinée florissante », la junte a imposé des lois particulièrement restrictives qui régissent la tenue des sessions parlementaires, soulignant le manque total de crédibilité de ce processus qui ne favorise en aucun cas l’amorce d’un débat politique. Toute personne pénétrant dans le parlement lorsqu’une session a lieu peut être passible d’un an de prison. La loi stipule également que nul ne peut parler, écrire, imprimer ou distribuer d’une quelconque manière des documents du parlement. Un parlementaire enfreignant cette loi peut être condamné à au moins deux ans d’emprisonnement. La censure a considérablement augmenté ainsi que les restrictions à la liberté d’expression, en particulier après que les représentants militaires et les partis alignés à la junte aient pris le commandement de plus de 80% des sièges au Parlement.

Le Parlement est le résultat d’une constitution anti-démocratique, rédigée de façon unilatérale par les militaires et d’une élection entachée de fraudes électorales, d’intimidations et de l’absence de mécanismes de contrôle indépendant le jour du scrutin et les jours qui l’ont précédé. Les gouvernements à travers le monde ont critiqué non seulement les élections, mais aussi les procédures et lois électorales. Ces procédures et directives visaient à assurer que le processus électoral ne serait ni libre ni équitable. L’écrasante «victoire» de la junte soutenue par l’Union Solidarity and Development Party (USPD) permet au premier gouvernement «civil» de Birmanie depuis près de 50 ans, de perpétuer les le contrôle absolu du régime militaire. Au total l’USPD a remporté 883 (ou 76,52%) des 1 154 sièges à pourvoir au parlement. Constitué à 80% de militaires, de membres de partis politiques et d’hommes d’affaires proches du régime, le parlement ne dispose d’aucun pouvoir réel. 25% des sièges ont été alloués d’office aux militaires, rendant impossible l’abrogation de la constitution, puisque il faut pour cela plus de 75% des votes.

La composition du nouveau gouvernement et les prérogatives d’organes décisionnels nouvellement créés démontrent encore une fois que la seule évolution politique en cours en Birmanie est celle d’une dictature militaire vers une dictature d’allure civile.

Le Premier ministre du gouvernement birman sortant, Thein Sein, a été désigné début février par le Parlement pour prendre la tête du pays en tant que Président. Militaire de carrière, il est l’un des plus proches et fidèles alliés de Than Shwe. Le 9 février, les personnes en charge des différents ministères ont été désignées. Seulement quatre des trente ministres sont des civils…

Un nouvel organe décisionnel appelé « Conseil Suprême d’Etat » a été mis en place par le régime. Comme son nom l’indique, ce Conseil a une autorité supérieure à toute autre institution nationale (Parlement et Ministères compris). La mise en place de ce nouveau conseil n’est pas prévue dans la Constitution de 2008 alors même que celui-ci dispose d’un pouvoir discrétionnaire sur toutes les décisions prises par le parlement.

Le 1er mars, le Myanmar Government Gazette, organe d’information du régime, déclarait qu’une nouvelle loi permettrait au commandant en chef des armées un accès illimité à un « Fonds spécial » pour des dépenses liées à la défense nationale. Seul l’accord du Président est nécessaire pour accéder à ce fonds. D’après cette loi, ces fonds sont destinés à « préserver la souveraineté nationale et protéger l’union de la désintégration. » Elle précise également que le commandant en chef « ne sera pas sujet aux interrogations, demandes d’explication et audit d’aucun individu ou organisation[3].

La promulgation de cette loi coïncide avec l’établissement du nouveau budget national dont l’allocation n’a pas été soumise au nouveau parlement. Près d’un quart de ce budget (23,6%) est alloué à la défense nationale contre 5,4% pour la santé et de l’éducation réunies[4].

Les nouvelles institutions mises en place par le régime ne sont donc rien de plus qu’une vitrine démocratique visant à donner l’illusion d’une transition politique et à apaiser les pressions internationales. Ces élections menées par le SPDC n’ont rien fait pour prendre en compte le désir de la population de Birmanie pour la démocratie et la liberté. Au contraire, elles ont entravé la mise en place de tout processus démocratique significatif et ont abouti à une augmentation de la répression par les troupes du SPDC dans les zones ethniques.

Libération d’Aung San Suu Kyi en 2011

Depuis deux décennies, Aung San Suu Kyi affronte avec le plus grand courage la tyrannie des généraux birmans. Admirée dans le monde entier pour sa lutte non-violente et sa résistance, elle est devenue une icône du combat contre la dictature en Birmanie.

La junte sait habilement utiliser sa libération comme un instrument de marchandage à l’égard de la communauté internationale. L’opposante a déjà été libérée par deux fois, en 1995 et 2002, avant d’être réincarcérée par la suite. L’annonce de sa libération visait donc, comme par le passé, à apaiser la pression internationale, sans annoncer en rien une quelconque libéralisation du régime.

Ce soi-disant « geste de bonne volonté » intervient au terme de 18 mois supplémentaires d’assignation à résidence auxquels Aung San Suu Kyi a été condamnée à l’été 2009, après un simulacre de procès. Il n’est en rien une amnistie ou un quelconque geste de mansuétude.

En outre, ce qui importe n’est pas seulement sa liberté physique, mais sa liberté politique. Car Aung San Suu Kyi, bien plus qu’un simple otage, est avant tout une dirigeante politique. La libérer sans lui permettre d’exercer ses droits politiques, alors même que son parti est désormais interdit, entérine ce simulacre d’ouverture. De plus, la libération de sa seule personne est insuffisante si elle ne s’accompagne pas de celle de tous les prisonniers politiques et de l’assurance de leur participation à la vie politique.

Quelques données clés :

Le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) n’a plus d’existence légale depuis que le régime l’a forcé à la dissolution suite à sa décision de boycotter les élections de novembre 2010.

L’oppression contre l’opposition et les voix dissidentes reste féroce. Fin 2008, près de 215 activistes se sont vus condamnés à des peines de prison très lourdes, des dizaines d’inculpation ont atteint les 65 ans d’emprisonnement. Le nombre de prisonniers politiques a presque doublé durant ces deux dernières années : on dénombre aujourd’hui près de 2000 prisonniers politiques : membre du parti démocrate, syndicalistes, moines et nonnes, journalistes, artistes…

Connues sous le nom de Révolution Safran, de grandes manifestations populaires ont secoué le pays en septembre 2007 suite à des hausses brutales du prix des carburants et des denrées de base. Emmenée par les bonzes et les nonnes, la population birmane réclamait une baisse des prix et une amélioration des conditions de vie ; mais aussi plus de liberté politique. Les manifestations ont été brutalement réprimées, suscitant l’indignation de tous les pays et conduisant le Conseil de Sécurité de l’ONU à déplorer à voix haute la gestion de la crise par les autorités birmanes.

La Birmanie est inscrite à l’agenda permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies en raison des profonds troubles politiques qui secouent le pays. Cependant, aucune déclaration contraignante (résolution) n’a encore été votée à l’encontre de la Birmanie, qui dispose de solides soutiens auprès de la Chine et la Russie, ainsi que certaines nations asiatiques.

La Birmanie a adhéré à l’ASEAN en 1997, mais l’intégration à cette instance régionale n’a apporté aucune ouverture politique. Les membres de l’ASEAN oscillent entre une attitude neutre de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays membre, et la volonté de ne pas cautionner les violations des droits de l’homme dans le pays. La plupart des pays voisins privilégient l’aspect économique dans leurs relations avec la Birmanie, notamment pour répondre à leurs besoins énergétiques.

De leur côté, l’Union européenne et les Etats-Unis ont décidé de limiter autant que possible les relations avec le régime birman. Un gel des visas a été mis en place, interdisant aux dignitaires birmans de circuler en Europe et aux USA, et la position commune européenne a prohibé le trafic d’armes à destination des militaires. Ces mesures entrent dans le cadre de sanctions ciblées, qui visent à limiter ou prohiber les investissements occidentaux, ou l’import-export de biens d’origine birmane. Ces sanctions répondent aux graves lacunes des responsables birmans dans les domaines des libertés fondamentales et des droits humains.

Histoire de la Birmanie

Chronologie présentant les principales dates et événements de la région birmane.

Avant le Xe siècle : Royaume Pyu. La région est peuplée de différentes tribus, originaires du Tibet, du Yunnan ou de Thaïlande

XIe siècle : Le premier empire unifié est fondé par les Mon. Pagan sera la capitale du royaume de 1044 jusqu’à sa destruction en 1287.

XIIIe siècle : Le royaume Mon tombe aux mains des armées mongoles. Une partie de la Birmanie subit ensuite la domination des Shan, puis à nouveau celle des Mon.

XVIe siècle : Les Birmans dominent le pays. La dernière dynastie birmane est fondée au XVIIIe siècle.

1824-1826 : Les Britanniques déclenchent la première guerre anglo-birmane et prennent le contrôle du sud du pays.

1852-1855 : Seconde guerre anglo-birmane. Toute la Birmanie est annexée.

1886 : La Birmanie devient une province de l’Empire des Indes. Les Anglais divisent le pays en deux : la plaine centrale, d’une part, où vivent les Birmans, et « le fer à cheval » qui l’encercle, d’autre part, où vivent les minorités ethniques – sur lesquelles ils s’appuient pour mieux contrôler l’intérieur du pays, ce qui leur vaudra la fidélité de celles-ci pendant la guerre d’indépendance.

1930 : Révolte paysanne. Naissance du mouvement nationaliste Dobhama Asi-Ayone (nous, Birmans), dont les membres prennent le titre de Thakin, les maîtres, en signe de défi au colonisateur.

1942 : Les Japonais entrent en Birmanie avec l’armée de l’indépendance birmane, commandée par Aung San. La plupart des minorités ethniques soutiennent les Anglais. Aung San et les « trente camarades » créent l’Armée nationale birmane (BNA), dont le chef d’état-major se fait appeler Ne Win.

1943 : Aung San est ministre de la Guerre de la Birmanie indépendante occupée par les Japonais.

27 mars 1945 : L’armée birmane se soulève contre les Japonais.

19 juin 1945: Aung San Suu Kyi, fille d’Aung San, naît à Rangoon.

19 juillet 1947 : Aung San négocie l’indépendance avec le premier ministre britannique, Lord Atlee. Il est assassiné en même temps que six autres membres de son cabinet après les accords de Panglong conclus avec les minorités ethniques.

4 janvier 1948 : Proclamation de l’indépendance de la Birmanie. Naissance de l’Union de la Birmanie, dont U Nu est le Premier ministre jusqu’en 1962. Le pays connaît une relative prospérité : il est le premier exportateur de riz d’Asie du Sud-Est, son système éducatif est réputé.

5 janvier 1948 : Début de la guérilla karen. Les minorités ethniques se sentent flouées par la constitution, qui néglige leur volonté d’indépendance.

1960 : Aung San Suu Kyi quitte la Birmanie avec sa mère, Daw Khin Kyi, nommée ambassadrice à Delhi.

2 mars 1962 : Ne Win prend le pouvoir par un coup d’État. U Nu et des centaines d’opposants sont arrêtés, des manifestations tournent au bain de sang. La constitution adoptée en 1948 est abolie. Le pays s’engage dans la « voie birmane vers le socialisme ». Les principaux secteurs de l’économie sont étatisés.

20 mars 1964 : Le BSPP (le Parti du programme socialiste birman) devient parti unique.

1974 : Promulgation de la nouvelle constitution, naissance de la République socialiste de l’Union de Birmanie. La moitié du budget de l’État est allouée à l’armée.

1987 : Alors que le pays rejoint la liste des pays les moins avancés, Ne Win, sur le conseil de ses numérologues, remplace du jour au lendemain, et sans compensation, les trois quarts de la monnaie par des billets dont le montant est un multiple de 9, son chiffre porte-bonheur. Les économies de toute une vie se volatilisent, beaucoup de Birmans sombrent dans la misère.

De mars à juin 1988 : Des manifestations surviennent, d’abord à Rangoon, puis dans tout le pays. 
La répression est brutale. Aung San Suu Kyi rentre en Birmanie en mars pour se rendre au chevet de sa mère souffrante à Rangoon.

Juillet 1988 : Un congrès extraordinaire du BSPP reconnaît la faillite du pays. Ne Win quitte le pouvoir.

8 août 1988 (8-8-88) : Les manifestations de mécontentement, réclamant l’avènement de la démocratie, voient défiler des millions de personnes dans le pays tout entier. Une fois de plus, elles sont réprimées. Il y aura entre 3 000 et 4 000 morts ce jour-là, et plus de 10 000 sur l’ensemble du mouvement. Des milliers de personnes sont arrêtées.

26 août 1988 : Premier discours public d’Aung San Suu Kyi à la pagode Shwedagon, devant 500.000 personnes. La fille du héros national devient instantanément un leader naturel dans un pays qui connaît la dictature depuis vingt-six ans.

18 septembre 1988 : La junte se maintient au pouvoir en abrogeant la constitution de 1974 et en créant le SLORC (Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre). La Birmanie devient le Myanmar, et Rangoon s’orthographie dorénavant Yangoon. L’opposition démocratique n’a jamais reconnu ces nouvelles appellations.

27 septembre 1988 : Fondation de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD). Aung San Suu Kyi en est élue secrétaire générale.

20 juillet 1989 : Après avoir tenu des dizaines de meetings publics, Aung San Suu Kyi, en vertu de la nouvelle loi martiale, est assignée à résidence pour une durée de trois ans. 
Elle est accusée de porter atteinte à la sûreté de l’État.

27 mai 1990 : La Ligue nationale pour la démocratie obtient 82 % des sièges aux élections législatives générales organisées par les militaires (les premières depuis 1960). Ceux-ci refusent de transférer le pouvoir, et ne laissent pas siéger l’assemblée nouvellement élue.

18 décembre 1990 : Suite au blocage de la situation, les forces démocratiques forment un gouvernement en exil, le National Coalition Government Union of Burma (NCGUB).

10 juillet 1991 : Le Parlement européen lui décerne le prix Sakharov (attribué pour la défense des droits de l’homme).

14 octobre 1991 : Aung San Suu Kyi se voit décerner le prix Nobel de la paix.

2 février 1994 : Signature du contrat entre Total et la junte militaire pour l’exploitation de gaz naturel en mer d’Andaman. Le groupe français investit 1,2 milliards de dollars.

10 juillet 1995 : Aung San Suu Kyi est libérée. La mesure d’assignation à résidence qui la frappait est ainsi levée grâce à la pression internationale.

Avril 1996 : Un rapport faisant état de l’usage de la torture et du travail forcé en Birmanie est présenté devant la commission des droits de l’homme des Nations unies.

Septembre 1996 : Les interventions publiques qu’Aung San Suu Kyi tenait devant son domicile les samedis et dimanches après-midi sont interdites pour cause de « trouble à l’ordre public ». Ces dernières attiraient entre huit et dix mille personnes. Des postes de contrôle de l’armée sont placés des deux côtés de l’avenue de l’Université, soit à deux cents mètres du domicile d’Aung San Suu Kyi qui se trouve de facto replacée en résidence surveillée.

Octobre 1996 : l’Union européenne adopte pour la première fois une Position Commune sur la Birmanie, et introduit notamment un embargo sur les armes à destination du régime militaire.

1996-1997 : Les militaires lancent l’opération « Année du tourisme en Birmanie » (Visit Myanmar Year)

Mars 1997 : Le Conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail décide de créer une commission d’enquête sur les pratiques de travail forcé en Birmanie.

5 novembre 1997 : Dissolution, par proclamation, du Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre (SLORC) et constitution, par une autre proclamation, du Conseil d’État pour la paix et le développement (SPDC). Les douze commandants des régions militaires, ainsi que les chefs des forces navales et de l’air rejoignent les quatre leaders de la junte au sein de ce nouveau Conseil d’État. Le Général Than Shwe reste numéro un.

Entre 1996 et 1999 : La junte militaire obtient des cessez-le-feu avec une quinzaine de groupes rebelles (Karen, Mon, Kachin, Shan).

1er janvier 1998 : La Birmanie devient membre de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN).

4 septembre 2000 : Aung San Suu Kyi est de nouveau assignée à résidence.

Fin 2000 : Le dialogue entre Aung San Suu Kyi et la junte, interrompu depuis 1994, est renoué dans le cadre de discussions préalables à l’instauration d’un dialogue politique. Ces discussions s’inscrivent dans une mission de médiation engagée en juillet 2000 par l’envoyé spécial pour la Birmanie du secrétaire général des Nations Unies, Monsieur Ismaïl Razali.

6 mai 2002 : Aung San Suu Kyi est libérée, les bureaux de la LND sont réouverts.

26 août 2002 : TotalFinaElf est visée par une plainte pour « crime de séquestration » déposée auprès du tribunal de Nanterre. Les plaignants sont deux Birmans qui affirment avoir été « séquestrés » et « forcés » de travailler sur le chantier de construction du gazoduc.

5 décembre 2002 : Mort de Ne Win.

30 mai 2003 : Le convoi d’Aung San Suu Kyi, alors en tournée politique dans le nord du pays, est violemment attaqué par des forces à la solde du régime de Rangoun. Suite à cette attaque, désormais connue sous le nom de Massacre de Depayin, du nom du lieu où l’attaque fut perpétrée, le prix Nobel de la paix est placé en détention dans un lieu tenu secret. Aung San Suu Kyi restera privée de liberté jusqu’à sa dernière libération, le 13 novembre 2010.

Août 2003 : Le Général Khin Nyunt est nommé Premier Ministre. Il initie un nouveau calendrier politique, la ‘Feuille de Route pour la Démocratie’ qui inclut la relance de la convention nationale, la tenue d’un référendum sur la constitution et des élections parlementaires.

19 octobre 2004 : Khin Nyunt est arrêté, sous le motif officiel de corruption. Les services de renseignements qu’il dirige sont purgés, et nombre de ses collaborateurs sont arrêtés. Il sera remplacé au poste de Premier Ministre par Soe Win, soupçonné d’être l’instigateur de l’attaque à Depayin contre Aung San Suu Kyi

Novembre 2005 : la junte au pouvoir déplace la capitale du pays dans une nouvelle bourgade créée de toutes pièces, Nay Pyi Daw (littéralement Demeure des Rois), à 300 km au nord de Rangoon.

Décembre 2005 : TOTAL accepte de verser une indemnisation aux personnes ayant porté plainte pour travail forcé

Printemps 2006 : les offensives contre les Karens se multiplient, les attaques perpétrées par l’armée birmane sont les plus lourdes que le pays ait connu depuis plusieurs années. Elles scellent définitivement la fin de la trêve informelle qui avait été conclue entre la KNU et l’ancien premier ministre Khin Nyunt.

Septembre 2006 : la Birmanie est inscrite à l’ordre de l’agenda permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Janvier 2007 : un projet de résolution, porté par les Etats-Unis, est rejeté au Conseil de Sécurité par un double veto chinois et russe.

Juin 2007 : le Comité International de la Croix-Rouge dénonce avec une ferveur inhabituelle à l’organisation les difficultés rencontrées par ses équipes pour mener à bien leurs missions dans le pays. Suite à ce communiqué, plusieurs bureaux de l’organisation sont fermés.

15 août 2007 : la junte décide sans préavis l’augmentation des prix du carburants, entraînant des hausses de prix de plus de 50% de l’essence, mais cette augmentation du prix des carburants a également des répercussions directes sur le coût des produits de première nécessité. Des manifestations sporadiques éclatent dans plusieurs villes du pays.

5 septembre 2007 : Plus de 600 moines birmans manifestent publiquement leur désapprobation envers le régime en défilant dans les rues de Pakkoku. Certains bonzes sont maltraités par les forces de sécurité. Les moines lancent alors un ultimatum au pouvoir, demandant des excuses officielles pour les brutalités subies par les moines à Pakkoku.

18 septembre 2007 : les manifestations prennent de l’ampleur, les moines défilent dans les rues en chantant des prières, accompagnés de nombreux civils. La ‘Révolution safran’ est née.

24 septembre 2007 : les manifestations totalisent plus de 100.000 personnes à Rangoon.

25 septembre 2007 : la junte instaure un couvre-feu à Rangoon.

26 septembre 2007 : Début de la répression du mouvement suscitant de nombreuses condamnations internationales. La Chine et la Russie appellent à la modération alors que l’ASEAN et l’ONU condamnent ouvertement l’usage de la force. Les sanctions économiques reviennent à l’ordre du jour.

29 septembre 2007 : Ibrahim Gambari, l’émissaire du secrétaire général de l’ONU, se rend en Birmanie pour une visite politique sous haute tension. Il obtient un rendez- avec le numéro un de la junte, le généralissime Than Shwe, et avec Aung San Suu Kyi. Cette mission vise à renouer les liens entre la junte et l’opposition politique, mais il repart sans qu’aucune avancée tangible n’ait été matérialisée.

15 octobre 2007 : l’Union européenne condamne la répression violente des manifestations pacifiques de septembre, et renforce son régime de sanctions économiques. Le Conseil de Sécurité de l’ONU est plus complaisant, se bornant à ‘vivement déplorer’ la situation en Birmanie, mais sans la condamner.

3 novembre 2007 : alors que la répression des manifestants a été intense ces dernières semaines, l’émissaire de l’ONU Ibrahim Gambari se rend à nouveau dans le pays pour une visite officielle, avec pour délicate mission d’obtenir des progrès sur le processus de démocratisation, et la libération de prisonniers politiques.

Novembre 2007 : la junte décide d’expulser le représentant des Nations Unies à Rangoon, Charles Petrie, pour des propos qu’il a tenu récemment sur la situation humanitaire et qui ont été jugés trop critiques par le pouvoir.

Février 2008 : la junte annonce la tenue d’un référendum populaire pour la ratification de la nouvelle constitution. Cette constitution, élaborée sans aucune contribution de l’opposition politique et des représentants des minorités ethniques, offre à la junte la possibilité de perpétuer son règne militaire en cédant de larges pouvoirs aux généraux, tout en évinçant Aung San Suu Kyi et son parti démocrate de tout rôle politique futur.

6 mars 2008 : Ibrahim Gambari se rend une nouvelle fois en Birmanie pour discuter du calendrier politique. Il n’obtient aucune concession du pouvoir militaire concernant l’ouverture politique et les modalités du référendum constitutionnel. Tout comme lors de sa dernière visite, le Général Than Shwe refuse de le recevoir. Les responsables de l’ONU concèdent que cette visite est ‘décevante’.

3 mai 2008 : le cyclone Nargis s’abat sur la Birmanie, provoquant un raz-de-marée et d’immenses dégâts. Plus de 140.000 personnes décèdent, au moins 2.5 millions de personnes sont sinistrées. La junte refuse l’entrée de personnel humanitaire international, et multiplie les entraves administratives et logistiques à l’acheminement de l’aide.

10 mai 2008 : le référendum constitutionnel est maintenu, malgré l’état d’urgence proclamé dans plusieurs régions du pays, et les nombreux morts et sinistrés que le cyclone Nargis a laissé derrière lui. Dans les régions sinistrées, le référendum est reporté de quinze petits jours seulement. La junte annonce triomphalement la ratification du référendum, approuvée selon elle par plus de 92% de la population. Fraudes massives, intimidations et autres irrégularités sont largement dénoncées par l’opposition et les ONG internationales de défense des droits de l’homme.

23 août 2008 : Aung San Suu Kyi provoque un séisme politique en refusant pour la première fois de rencontrer Ibrahim Gambari, probablement pour marquer sa désapprobation face au processus politique actuel et à la lenteur des négociations.

Novembre 2008 : les procès de centaines d’opposants arrêtés suite aux manifestations de la Révolution safran ou à l’aide apportée au lendemain du cyclone Nargis, ont lieu dans de sinistres conditions et aboutissent à des condamnations dont certaines excèdent 65 ans d’emprisonnement.

Janvier 2009 : le sort des Rohingyas, ethnie de confession musulmane oppressée par les autorités birmanes, éclate au grand jour, lorsque la Thaïlande refoule l’arrivée de boat people Rohingyas et renvoie leurs bateaux en pleine mer. Le scandale qu’engendrent ces révélations force la Thaïlande à fournir des explications officielles, et à autoriser l’UNHCR à accéder aux survivants.

13 août 2010 : la junte militaire annonce la tenue d’élection le 7 novembre 2010. L’USDP, parti créé par le régime, est d’ores et déjà le grand favori de ces élections dont la LND, parti d’Aung San Suu Kyi, est exclue.

7 novembre 2010 : les élections se tiennent comme prévu. De nombreuses preuves de fraudes électorales, d’irrégularités, d’absence de contrôle indépendant, ainsi que des cas de menaces et de harcèlement ont été reportées le jour du scrutin et les jours qui l’ont précédé. L’USDP, parti constitué de membres de la junte, remporte près de 80% des sièges du nouveau parlement.

13 novembre 2010 : Aung San Suu Kyi est libérée de son assignation à résidence. Elle aura été privée de liberté pendant plus de 15 des 21 dernières années.